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Le 8 Août 2014, nous avons pu interviewer Roger Gould, le directeur créatif des parcs à thèmes Pixar, qui a travaillé sur le land Ratatouille à Disneyland Paris.

Pixar Disney roger gould

Qui a eu l’idée de concevoir un land "Ratatouille" ? A quel stade du processus avez-vous été impliqué et comment Walt Disney Imagineering vous ont t-ils approché, vous et votre équipe, pour participer à l’élaboration de l’attraction pour Disneyland Paris ?

En 2008, Tom Fitzgerald, l’incroyable vétéran Imagineer qui supervise le développement créatif de l’intégralité du Resort parisien, a commencé à étudier l’idée d’une attraction inspirée du film Ratatouille. Comme nous le faisons pour tous les projets d’inspiration Pixar, Tom a convié notre équipe des Parcs à Thèmes Pixar, dirigée par l’extraordinaire productrice Liz Gazanno et moi-même, à collaborer sur chaque aspect de l’attraction.

À chaque fois que nous envisageons de créer une attraction tirée d’un film, nous nous demandons, "Dans quel moment du film voulez-vous vous retrouver?" Pour Ratatouille, ce moment clé se situe lorsque Rémy tombe de la lucarne du restaurant de Gusteau, chute jusqu’au sol de la cuisine et doit slalomer entre les jambes immenses des chefs au travail et éviter tous les dangers d’une cuisine lors du coup de feu. Au départ, nous avons examiné l’idée de créer la cuisine entièrement comme un décor gigantesque et démesuré avec des personnages animés en plusieurs dimensions. Si l’échelle était ludique, nous n’arrivions pas à résoudre le problème de la reconstitution de la vitesse et de la dynamique ressenties dans le film – la dynamique de la course le long du plancher, la vitesse des chefs qui manquent de vous marcher dessus, les mouvements rapides effectués lors de la cuisine, mais surtout, les actions de Rémy et ses mouvements qui sont vraiment vifs.

Ainsi, après avoir passé une année à étudier tous ces éléments, nous avons décidé de changer de voie et de concevoir l’attraction comme un mélange d’énormes décors physiques et d’animation en 3D inédite et submersive. Cela nous promettait d’offrir le meilleur des deux mondes – l’émerveillement d’être réduit à la taille d’un rat au sein de décors gigantesques, EN PLUS DE la dynamique et de la vitesse des personnages comme on les a vus dans le film d’origine.

Pixar Disney Disneyland Paris Ratatouille Attraction

Cette attraction repose beaucoup sur l'animation mais aussi les décors. Comment avez-vous créé le scénario pour mélanger ces deux interactions ?

Une fois que nous nous étions mis d’accord sur l’angle d’approche, il nous a fallu travailler chaque détail de l’histoire. Tom est scénariste avant tout, et il a défini cette histoire merveilleuse, simple et limpide : Rémy nous invite (en tant que rats d’honneur) à manger, mais au cours du parcours, il nous faut contourner les obstacles et dangers auxquels Rémy a été confronté dans le film.

De la même façon lorsque nous travaillons sur des productions Pixar, nous avons commencé par dessiner des beat boards, c’est-à-dire un ou deux dessins représentant chaque scène de l’histoire. Ensuite, une équipe de trois artistes de storyboard de chez Pixar, Stephen Gregory, Valerie Lund et Sarah Mercey-Boose, ont illustré les scènes en détail. Nous avons eu de merveilleuses sessions de storyboarding au côté de Tom Fitzgerald, qui passait en revue chaque détail et trouvait des façons d’améliorer le tout encore et toujours.

Au sein de l’attraction, le minutage est vraiment précis, et puisque bon nombre des scènes d’animation en images de synthèse bénéficient de caméras mobiles qui permettent aux visiteurs de voyager à travers les décors, il nous fallait déterminer quels seraient les mouvements de la caméra 3D. Notre directeur technique chargé de la supervision des Parcs à Thème, le génie Tony Apodaca, a ramené l’univers numérique de Ratatouille au goût du jour, et l’artiste Stéréo 3D principal, Bob Whitehall, utilisant les décors d’origine du film, a déterminé quels mouvements la caméra 3D allait effectuer. Nous avons ensuite superposé les dessins de personnages réalisés par nos artistes de storyboard sur les mouvements de la caméra 3D. Ces storyreels en 2D+3D ont constitué nos schémas et sont incroyablement similaires à l’animation finale – attestant de la puissance de toutes ces séances de storyboarding auxquelles nous nous sommes adonnés en compagnie de Tom à nos débuts.

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L’animation "Ratatouille" en 3D stéréo ultra haute-résolution a été conçue par Pixar spécialement pour l’attraction. Brad Bird a-t-il aussi collaboré avec vous ?

Bien entendu. Brad Bird s’est impliqué dans ce projet du début à la fin, et ça c’était génial. C’est son film, et le scénario de notre attraction se situe dans un univers quelque peu parallèle à l’histoire du film, donc lui seul pouvait nous donner la permission de modifier son monde. C’est un grand fan des Parcs Disney, donc il a adoré le fait que nous donnions vie à Ratatouille au sein des parcs. Nous avons repris contact avec Brad tous les trois mois environ tout au long du projet : des storyboards à l’agencement, de l’animation à l’éclairage.

Dans la file, par exemple, vous voyez l’enseigne du restaurant de Gusteau s’animer et Gusteau parle directement aux visiteurs. Eh bien, Gusteau n’est désormais plus qu’un restaurant à 3 étoiles plutôt que 5, donc Brad a eu la super idée de faire que Gusteau regarde autour de lui puis frappe en toute discrétion une des étoiles éteintes à l’aide de sa poêle pour la rallumer. C’est ajouter ce genre de détails tout au long de l’expérience qui rend le projet si amusant à mettre en place.

Brad a un incroyable éventail de talents en tant que réalisateur, mais ses notes d’animation sont tout simplement prodigieuses. Notre animateur superviseur, Andy Schmidt, a tenu l’un des rôles principaux lors de la production de Ratatouille, et donc lui et Brad ont une excellente relation professionnelle. Donc avoir Brad pour assister à nos projections d’animation journalières et travailler avec Andy et l’équipe a été une des meilleurs choses qui soit arrivée durant tout le projet. Brad nous orientait exactement sur comment obtenir la meilleure performance de chacun des personnages.

Avec Andy, nous avions d’autres vétérans Ratatouille, tel que Kristophe Vergne qui a animé beaucoup de séquences mettant en scène Gusteau et Linguini dans le film. Ces deux personnages apparaissent beaucoup dans l’attraction, et Kristophe a passé une année à les animer pour nous. C’était tellement amusant, parce que je n’avais pas besoin de dire à Kristophe comment animer Linguini, vu que c’est lui qui a imaginé la façon qu’à Linguini de bouger ! Personne ne connait ces personnages mieux que lui. Et son animation est absolument stupéfiante.

Pixar Disney Disneyland interieur attraction ratatouille

La Place de Rémy est le lieu d’immersion de l’attraction Ratatouille ainsi que celui du restaurant. Quel a été votre rôle, à vous et votre équipe, dans la création de ces repères ?

Un des plaisirs de mon travail est de mettre en relation les réalisateurs d’origine avec les Imagineers. Au début du projet, nous avons fait venir le Chef Décorateur de Ratatouille, Harley Jessup, pour intervenir auprès de toute l’équipe d’Imagineering sur la façon dont le style du film avait été mis au point. Nous voulions tous, notamment, comprendre l’approche du film concernant l’architecture parisienne. Harley nous a expliqué qu’il voulait capturer le côté artisanal qu’il perçoit dans Paris. Chaque porte, chaque pierre, chaque balustrade etc., a donc été dessinée à la main (sans double décimètre), et ces dessins ont été modélisés en 3D dans l’effort de préserver cette qualité du "dessiné à la main".

Un membre du département artistique qu’Harley dirigeait lors de la production du film, Robert Kondon, a passé en revue les croquis de façade réalisés par les Imagineers en dessinant par-dessus pour aider à les intégrer dans le vocabulaire du film. Une fois que les architectes avaient conçu absolument tous les immeubles, nous avons passé une journée incroyable aux côtés d’Harley qui parcourait ce long, long couloir où chaque croquis de façade était accroché aux murs. Harley est allé d’immeuble en immeuble en rectifiant et en dessinant des notes pour donner l’impression que tout sortait directement du film.

Notre directrice artistique au sein d’Imagineering, Beth Clapperton, a supervisé la conception de chaque détail du land, de l’attraction et du restaurant pour s’assurer que tous ces détails soient parfaitement exécutés. On peut voir la passion et la talent de Beth partout où le regard se pose. Je suis tellement reconnaissant qu’elle ait travaillé sur ce projet !

Harley revient de Paris et de la Place de Rémy, et il a dit que c’était hallucinant de pénétrer dans l’univers qu’il avait conçu pour le film. Il est tellement reconnaissant à l’égard de tous les concepteurs et artisans qui ont donné vie à cet univers.

Pixar Disney Disneyland place de remy ratatouille

Est-ce que le restaurant devait toujours être conçu à l’échelle d’un rat plutôt qu’à taille humaine ?

Oui ! C’était l’un des concepts de départ de Tom. L’attraction entière tourne autour de Rémy qui souhaite nous faire à manger, donc la conclusion parfaite à l’attraction est de descendre et d’avoir une vue directe sur l’intérieur du restaurant de Rémy où vous pouvez aller manger les aliments qu’il a préparés !

Je crois que le Bistrot Chez Rémy offre l’expérience culinaire la plus immersive de tous les parcs Disney. Il s’agit réellement d’une prolongation de l’attraction. Des tabourets en bouchons de liège géants, des tables ramequin avec des couvercles de bocaux de confiture, des ombrelles à cocktail de 2 mètres de diamètre ! Qui n’aimerait pas ?

Pixar Disney Disneylandinterieur bistrot remy ratatouille

Quelle anecdote amusante pourriez-vous  partager avec nous concernant la conception de ce land ?

Dès les balbutiements du projet, l’idée de chuter depuis la lucarne de Gusteau jusqu’au sol de la cuisine était centrale à l’attraction. Cette chute est un mélange du nouveau véhicule sans rails et de l’animation en stéréo 3D inédite et immersive. Mais croiriez-vous vraiment que vous êtes en train de tomber de 15 mètres à la taille d’un rat ? Nous l’espérions de tout cœur.

Nous avons conçu toute l’animation avec cette idée en tête. Nous l’avons passée en revue de très nombreuses fois devant une maquette grandeur nature au campus Imagineering en Californie du sud. Mais à peine quelques semaines avant que l’attraction n’ouvre, je faisais mon dernier tour de l’attraction. C’était bon. Tout était fin prêt. Notre incroyable productrice de spectacles, Chrissie Allen, a invité celui qui a supervisé pendant trois années la construction du land et de l’attraction à effectuer le parcours avec nous. Il n’avait vraiment aucune idée de ce que l’attraction donnerait.

Nous avons donc décollé de notre "rat-mobile", et lorsque nous avons chuté de la lucarne de Gusteau jusqu’au sol de la cuisine, il a laissé échapper un cri de surprise ! Tandis que nous terminions le parcours, il riait et haletait aux endroits où nous espérions que les gens allaient réagir. Alors que nous descendions de nos "rat-mobiles", il s’est tourné vers moi et a simplement répété les mots [en français] "Magnifique ! Magnifique ! Magnifique !".

À ce moment là, je savais que ces cinq années d’efforts en valaient la peine. Et je suis tellement content que l’attraction soit ouverte afin que tout le monde puisse désormais en faire l’expérience !

Merci à Roger Gould et à Pixar Animation Studios pour cette interview.



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Fabien Le Lagadec
Fondateur et rédacteur de Pixar-Planet mais aussi de Disney-Planet.Fr, ancien employé de Disneyland Paris à Toy Story Playland, j'ai 30 ans et je suis Vosgien. En plus de Pixar, passion pour le cinéma, les musiques de films, la nature, l'astronomie...