amazon pixar

 

Auteur
Hervé Aubron
Editeur
Capricci Editions (28 janvier 2011)
Langue
Français
Nombre de pages
96 pages
Prix
Environ 7 euros

 

Hervé Aubron, le rédacteur en chef adjoint du "Magazine Littéraire" nous fait part, à travers l’essai "Génie de Pixar" une critique sur l’animation numérique de ces films d’animation. Il soutient l’idée que Pixar défend la supériorité de l’informatique et du règne animal et imaginaire sur l’humain, volonté de remettre l’homme à sa place et de dénoncer l’égocentrisme, que l’on peut rattacher à la philosophie de Blaise Pascal.

Pixar Planet Disney Herve Aubron génie pixar

 

ANALYSE

Pixar Planet Disney Herve Aubron génie pixar

Dans Les Indestructibles, seule production Pixar où les héros sont des êtres humains, les personnages sont considérés comme des surhommes, dotés de physiques et de pouvoirs qui diffèrent totalement du réel chez un humain. Dans ce film, il n’y a pas de place pour l’homme, que ce soit visuellement ou psychiquement. Chez Pixar, se développe l’idée que l’esprit et l’intelligence humaine peut se retrouver dans n’importe quel corps ou machine. Dans Cars, c’est l’outil qui prend le dessus sur l’homme. Les voitures se retrouvent animées et se suffisent à elles-mêmes, sans l’intermédiaire d’un conducteur. Est alors mis en place un mystère sur la temporalité dans le rapport entre les hommes et les voitures. Cars se passerait-il avant l’apparition de l’humanité, qui viendrait à naître après l’apogée des voitures, ou Cars se situerait au contraire après l’ère des hommes, lorsque les machines auront totalement fait disparaitre les êtres humains ? L’intelligence numérique peut à la fois dominer l’homme, et être son esclave. Le générique de Cars est anticipateur sur un éventuel avenir, il annonce que toute existence est condamnée à devenir machine, sans pour autant créer de rapports entre elles, comme deux espèces différentes qui ne dépendent pas l’une de l’autre, aucune construction d’un mécanisme par un éventuel humain n’est envisagée.

Les aventures d’André et Wally.B, premier court-métrage (1984), est tourné en dérision par Hervé Aubron qui trouve le scénario ridicule et qu’il qualifie de « plaisanterie », ayant pour seul intérêt le souci de la technique. Il rabaisse également John Lasseter et Ed Catmull, sans qui ils ne seraient rien sans l’appui financier de Steve Jobs. C’est alors que nous pourrions penser que le titre de l’essai serait une forme d’ironie. Leur talent est remis en cause, comme si leur prochain film pourrait se dérouler sans eux, remplacés par leurs ordinateurs.

Hervé Aubron aborde quelques pages plus loin le thème de l’union et de la singularité, que l’on retrouve dans la trilogie "Toy Story", où chaque jouet est différent et cherche son semblable, avec la volonté de faire partie d’un groupe. Dans Les Indestructibles, l’unicité se trouve possible uniquement par le moyen des liens familiaux, or dans Ratatouille, Remy quitte sa famille pour redevenir singulier et exister en sa propre personne. Nous pouvons remarquer que l’union est condamnée, il n’y a aucune prolongation de l’espèce de chacun à travers la reproduction. Le fort regroupement peut mener à la névrose, tels sont les cas des aliens de Toy Story, ou des siphonnés du bocal dans Le Monde de Nemo. Les personnages montrent une peur face au réalisme, comme l’oiseau effrayant dans 1001 Pattes, ou encore Scud, le chien de Sid dans Toy Story. Les personnages n’évoluent pas, mais se transforment, tel l’indestructible Monsieur Patate, le design des voitures dans Cars, ou les pièces détachées du robot dans WALL-E. Dans Ratatouille, l’homme instrumentalise le rat en l’utilisant pour des travaux culinaires, puis la balance penche dans l’autre sens lorsque Rémy prend Linguini pour marionnette. Hervé Aubron nous présente les animaux et les machines des productions Pixar comme des ordinateurs, le poisson Dory est considéré comme une défaillance numérique, sa mémoire vive étant sa plus grande faiblesse. Lorsque WALL-E, EVE et Buzz l’Eclair sont débranchés, leur inactivité peut rappeler un être humain pendant son sommeil. Le critique considère que l’informatique, froid et sans âme, ne peut procurer autant d’émotions que peut le faire un être humain. Un personnage aussi attendrissant que WALL-E est vu comme anormal. Aubron ne fait pas de cette remarque un jugement positif, il remet en cause la sincérité des sentiments, la solitude des machines mise en commun, et la tristesse de leur condamnation à une vie sans fin.

Par le moyen des productions et des personnages des studios, Hervé Aubron présente les artistes de chez Pixar comme des destructeurs de l’humanité au profit des machines, cependant il n’y ajoute aucun jugement subjectif, comme si c’était une évolution naturelle à respecter, sans s’y opposer ni la dénoncer.

 

VERDICT

Cette critique de quatre-vingt pages s’adresse à des fans assidus de Pixar, car de nombreuses références pourraient ne pas être comprises par les non-initiés. Hervé Aubron passe d’un film à l’autre en mettant en relation les intrigues et les personnages dans une visée psychologique et en abordant l’opposition entre l’humain et le non-humain. Cet essai très enrichissant nous donne une nouvelle vision des films en nous faisant réfléchir sur des questions que l’on n’a pas l’habitude de se poser à propos des films d’animation. Cependant, cette lecture peut donner un effet de malaise aux fans, pour les raisons suivantes. Tout d’abord, des erreurs d’orthographe des films sont assez fréquentes, de même qu’un mélange assez répétitif de français et d’anglais quant aux noms des personnages. Ensuite, le fait qu’Hervé Aubron ne prenne jamais parti nous fait douter sur sa vision du travail des studios Pixar. Le titre en lui-même prouverait une reconnaissance de sa part, cependant aucun éloge n’est fait au fil des pages. L’impression de fouillis est donnée par un va-et-vient incessant d’un film à l’autre et par le mélange de plusieurs idées à défendre. Cette critique est cependant une lecture qui vaut la peine d’être lue pour l’ouverture d’esprit et le divertissement qu’elle procure.

Rédactrice : Tonks.

 



disney store pixar
PARTAGER
Fabien Le Lagadec
Fondateur et rédacteur de Pixar-Planet mais aussi de Disney-Planet.Fr, ancien employé de Disneyland Paris à Toy Story Playland, j'ai 30 ans et je suis Vosgien. En plus de Pixar, passion pour le cinéma, les musiques de films, la nature, l'astronomie...