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Le 7 juillet 2011, le Pixar-Planet a assisté à une masterclass (une sorte de conférence) de Julien Schreyer, directeur technique des lumières au sein des studios Pixar. Pendant 1h30, il nous a parlé de son travail, à travers différentes illustrations. Par la même occasion, nous avons pu voir Vacances à Hawaï et surtout le court-métrage de 2012 : La Luna.

LA LUNA

Pixar Planet Disney La Luna

Nous allons vous parler brièvement de La Luna, le court-métrage de Enrico Casarosa, qui sortira en 2012 avant Rebelle.

Le court est une pure merveille et est très poétique. Au début on ne sait pas trop vers quoi on va, puis on part du côté de l’onirisme. La fin explique alors tout le sens du court-métrage.

On remarque assez rapidement que Pixar a changé son style visuel et prouve donc qu’il peut faire autre chose. Et comme souvent dans leurs courts-métrages, l’absence de dialogue est toujours de mise ici. Grâce à la gestuelle des personnages et à leurs gromellements, on comprend aisément ce qu’ils veulent dire.

JULIEN SCHREYER

Julien Schreyer a grandi à Paris dans une famille d’artistes, ce qui a influencé le reste de sa vie. Il vit dans un monde de couture, ce qui lui permet d’être attentif au travail de la texture et de son impact sur la lumière. De par sa grand-mère qui était artiste et professeur d’arts, il passe par différents travaux artistiques : peinture, sculpture…

Il continue dans l’univers artistique en devenant DJ et animateur d’une émission sur Radio Montparnasse.

Julien part ensuite travailler dans des studios d’animation français mais c’est seulement quand il part pour les Etats-Unis qu’il prend son envol. D’abord pendant 11 ans chez les studios Tippett en travaillant sur le film “Constantine” où il touche un peu à tout. Mais il se prend beaucoup d’affection pour les lumières. Un ami à lui va lui conseiller Pixar mais il refuse tout d’abord, étant bien là où il était.

Finalement quand Pixar démarre le projet Ratatouille, le parisien trouve que c’est une chance à saisir et part pour les studios en 2006 et devient directeur technique de la lumière.

PIXAR

A travers de nombreuses illustrations, Julien Schreyer nous parle de son travail. Il compare cela au “directeur de la photographie pour un film classique”.

On commence tout d’abord avec Cars 2, où il a pris un énorme plaisir à travailler sur Paris. Malgré que ce soit une succession rapide de plans, chaque plan a demandé des mois de travail. Il travaillait beaucoup avec son superviseur (John Lasseter étant beaucoup pris, il ne pouvait pas être présent tout le temps) afin de retransmettre les consignes du réalisateur.

Le travail commence par ce qu’il appelle un pastel. C’est une peinture du plan retranscrivant les nuances de couleurs à donner. Il doit donc reproduire ce jeu de lumière par ordinateur tout en étant le plus réaliste possible. Il faut prendre en compte l’heure du jour, le type de matériaux qui va refléter la lumière (et donc donner de très légères couleurs supplémentaires sur l’environnement)…

Pixar Planet Disney Paris Cars 2 Pixar Planet Disney Paris Cars 2

Paris fut donc pour lui un grand défi à relever. Il nous présente plus précisément les “carifications” du décor. Tel que les gargouilles de Notre-Dame-de-Paris qui sont ici des voitures, ou encore le Louvre qui possède des éléments motorisés sur les façades.

Pixar Planet Disney Paris Cars 2 Pixar Planet Disney Paris Cars 2
Pixar Planet Disney  Cars 2 Martin Paris

Il nous révèle aussi un clin d’oeil amusant voulu par le réalisateur. En effet, à chaque passage à Paris, John Lasseter et sa femme se rendent sur le Pont des Arts (situé près du Louvre) et s’embrassent. Cette scène est reproduite dans le film où ce sont deux voitures qui s’embrassent. Au moment du baiser, Julien a rajouté un petit reflet sur la fenêtre de la 2CV afin de sublimer un peu plus ce passage.

Pixar Planet Disney Ratatouille Anton Ego
Il revient par la suite sur son travail sur Ratatouille. Là encore Paris est à l’honneur, mais il s’attarde plus longuement sur les scènes avec Rémy dans le chapeau. Il était chargé de reproduire la lumière lorsque Rémy est dans la toque de Linguini. Ce fut un travail difficile car il fallait trouver le juste milieu afin d’avoir la transparence de la toque pour voir ce qui se passe à l’extérieur, tout en ayant suffisamment de lumière pour éclairer Rémy.

Il parle rapidement des aliments. La lumière était importante car il a reçu comme consignes de rendre les aliments “bons”. L’éclairage va alors jouer un rôle indispensable et de nombreuses observations ont été faites afin d’apporter ce réalisme.

Grâce à une scène évolutive, nous pouvons voir les différentes étapes de production. Tout d’abord avec le storyboard, des dessins successifs en noir et blanc. Vient ensuite le layout (modélisation 3D). Puis l’animation, où on voit le mouvement des personnages. S’enchaîne la simulation (effets de particules, cheveux…) et enfin l’étape de Julien : le lighting. Cette étape montre le résultat final de la scène.

Au passage on apprend qu’au sein de la Pixar University, cette école interne permettant d’apprendre, entre autre, tous les secteurs de l’animation, il a appris à faire la cuisine.

Pixar Planet Disney Toy Story 3
Après Ratatouille, il évoque son travail sur Toy Story 3, principalement la scène où Buzz et les autres jouets sont dans un sac poubelle. Pour reproduire cet effet de lumière si particulier, Julien et le directeur de la photographie n’ont pas hésité à se rendre devant le studio Pixar et de rentrer dans des sacs poubelles pour prendre des photos. Cependant le rendu de l’appareil ne reflétait pas la réalité, c’est donc grâce à beaucoup de notes qu’ils ont réussi à rendre la scène réaliste.

Pixar Planet Disney Toy Story 3
Pendant la scène où le camion-benne vient ramasser les poubelles à la fin du film, il décide de rajouter un “lens flare”, un effet de lumière sur les phares qui donnent un halo qu’on retrouve sur les caméras. Julien nous précise que c’est un effet à utiliser avec modération.

Dans la scène du générique, quand Labrosse joue sur scène, éclairé par une lampe torche, il a refait la même chose chez lui afin de reproduire à l’identique l’effet d’éclairage d’une lampe torche contre un mur.

A travers un court extrait de WALL-E, il traite succintement de l’animation de la lumière qui joue beaucoup dans ce film. Il s’est entre autre beaucoup amusé sur le court-métrage BURN-E.

Pixar Planet Disney Presto Alec

Car il a aussi travaillé sur BURN-E mais aussi Presto. Sur l’un des premiers plans du film où Alec est dans sa cage, il nous informe de la complexité d’éclairer le pelage blanc du lapin. Et pour bien faire comprendre que la carotte est l’objet convoité, il a rajouté un spot dessus afin de la mettre en valeur.

Il lui est posé comme question si le relief l’oblige à travailler différement l’éclairage à cause de l’effet de profondeur. Il répond par la négative car ils travaillent pour une projection en 2D, la mise en relief intervenant plus tard. D’ailleurs lorsque le film est terminé et que Pixar organise une grande fête, ils organisent une projection avec les familles où le film est projeté en 2D.

Il cite une anecdote qui est une grosse frayeur pour lui. Lors de la production du film, il y a par moment des review en présence de toute l’équipe et du réalisateur. C’est une étape où tout le monde observe minitueusement les scènes afin d’apporter des corrections. Pour WALL-E, c’était son premier review et il ne savait absolument pas ce qu’il devait faire (chaque studio, mais aussi réalisateur, appliquant ses propres méthodes). Il arriva donc à la réunion sans savoir comment présenter son travail. Il demanda donc à une de ses collègues de lui expliquer et il réussit à se débrouiller devant Andrew Stanton, qui le mis en confiance afin de faire une bonne présentation.

Il n’aura cependant pas le temps de nous parler de Là-haut, un autre long-métrage sur lequel il avait travaillé.

“ET ENSUITE ?”

La masterclass s’achève sur “et ensuite ?”. Julien Schreyer nous apprend qu’il travaillera en septembre sur Rebelle. Il ne dit malheureusement rien concernant d’autres projets de longs-métrages.